Fusion avec la MMRA, début de la fin

1973 : Le 30 mars 1973, Cockerill cède sa division d’Athus à la Métallurgique et Minière de Rodange et la nouvelle dénomination est changée en Metallurgique et Minière de Rodange-Athus.

 

Naissance de la MMRA (1973-1977)

 

La proximité géographique, la taille similaire des usines d’Athus et Rodange sont certes des facteurs de rapprochement. Mais cette fois, on ne peut pas parler d’une réelle complémentarité, certaines fabrications étant identiques. La fusion est donc bien le fruit d’une conjonction purement financière entre les propriétaires des deux usines.

Déclin

La sidérurgie est certes un secteur industriel très sensible aux crises. Mais à Athus, on sent confusément que celle qu’il faut affronter cette fois-ci est plus sérieuse. L’augmentation  importante du prix de revient consécutive à la hausse du coût des matières premières va se conjuguer avec une stagnation voire une baisse du prix de vente de l’acier et plus particulièrement des produits longs. Ce phénomène est dû à l’apparition sur le marché mondial d’un nombre important de nouveaux producteurs, d’ailleurs souvent sont implantés dans des pays du Tiers-Monde. Face à la menace constituée par l’émergence de nouveaux producteurs, certains pays « anciens producteurs » adoptent une politique protectionniste, limitant sévèrement leurs importations. A toutes ces causes mondiales de la crise de l’acier, viennent s’ajouter les handicaps de la sidérurgie lorraine et plus spécialement de l’usine d’Athus.

La vétusté des installations, le prix du transport par rail et le type de productions confiées à Athus  grèvent lourdement les coûts de production de l’entreprise.

La lutte pour l’emploi est engagée

La MMRA prévoit un plan de restructuration supprimant 500 emplois ce qui engendre des manifestations des ouvriers. Le 2 novembre 1976, la M.M.R.A. divulgue un plan d’austérité prévoyant l’arrêt des derniers hauts-fourneaux d’Athus, du train E, le maintien de la marche à 10 postes par semaine de l’aciérie et du train blooming ainsi qu’une réduction d’activités à la centrale, soit la mise au chômage de quelques 500 travailleurs. Ces diverses mesures doivent permettre à l’entreprise d’économiser 25 millions de francs belges par mois.

 

Le 9 novembre, près de 4000 personnes se retrouvent, une fois de plus, au portail de l’usine. Un drapeau noir est hissé au sommet de l’un des hauts-fourneaux condamnés et les volets des commerces sont baissés en signe de solidarité. De nombreuses délégations de travailleurs d’entreprises régionales sont présentes. Après quelques mots des délégués syndicaux, le cortège s’ébranle et défile à travers les rues de la cité en état de choc pendant que les délégués tentent une ultime négociation avec la Direction. Vers 16h15, les manifestants sont de retour à la rue des Usines et attendent le résultat de la démarche de leurs représentants. Une fois de plus il est négatif. Alors, furieux, plusieurs centaines d’ouvriers, au pas de charge, prennent la direction de Rodange où, devant les bâtiments administratifs, a lieu le premier incident  avec la police grand-ducale qui interdit l’accès aux bureaux. C’est le début d’une longue lutte pour l’emploi. Cette journée, si elle n’a pas apporté de grandes satisfactions aux travailleurs d’Athus, a servi de détonateur pour associer toute une région à leur combat.

Les mois suivants vont connaître des manifestations de la dernière chance. Que se soit à Luxembourg, à Bruxelles où un groupe d’ouvriers et de délégués syndicaux prennent d’assaut l’ambassade du Grand-duché du Luxembourg.

La fin est proche

Le lundi 1er août commence l’action « Athus, ville morte ». A partir de midi, toutes les voies d’accès à la localité sont bloquées. En signe de solidarité, tous les commerces baissent leurs volets. A 14 heures, devant le portail de l’usine, se constitue un cortège de plus de 2000 manifestants. Pendant deux heures, il sillonne les artères de la ville derrière un cercueil sur lequel on lit « ci-gît Athus ». Le calme est impressionnant, presque voisin du recueillement. Et les accents de la Marche Funèbre ajoutent presque un caractère surréaliste à la manifestation.

Dans la nuit du 5 au 6 août, un groupe d’ouvriers sidérurgiques s’empare d’un canon de l’époque napoléonienne qui ornait les abords des établissements Letêcheur à Longeau. Le trophée est placé dans la cour de l’usine, à côté du cercueil confectionné pour le défilé à travers les rues de la localité.

 

Les jours se succèdent et ainsi que les actions menées par des ouvriers convaincus de pouvoir sauver leur outil. Malheureusement, le lundi 5 septembre 1977, la bataille est perdue. Le journal « La Cité » titrera « ce 5 septembre, Athus est mort ».